Qu'est ce qu'Homo sapiens ?

Notre espèce, Homo sapiens, a été créée en 1758 par Carl Linné. Si ce dernier n’a pas désigné de spécimen type, ou holotype, pour représenter l’espèce, personne n’a osé ensuite combler la lacune. L’holotype est un individu unique choisi pour inventorier et décrire les caractéristiques morphologiques de l’espèce. Cette définition est aussi appelée diagnose. Sont ainsi distingués les caractères primitifs (ou plésiomorphes, ou archaïques), qui sont communs aux différents groupes étudiés, des caractères dérivés (ou apomorphes) qui les différencient et permettent donc de reconnaître une espèce et de discuter des éventuelles relations évolutives entre plusieurs espèces. Depuis le18e siècle, des listes de caractères ont été proposées pour définir Homo sapiens, modifiées et complétées au fur et à mesure de la découverte d’autres espèces fossiles. L’appellation correcte est « Homo sapiens », et non « Homo sapiens sapiens » qui ne doit plus être utilisée depuis que les Néandertaliens sont considérés comme une espèce différente. Le terme « Homme moderne », ou « Homme anatomiquement moderne », est aussi souvent employé.

Les caractéristiques morphologiques d'Homo sapiens

D’un point de vue anatomique, quelques caractères propres à notre espèce peuvent être retenus : une face et des dents réduites, des reliefs osseux peu marqués, l’absence d’un vrai torus frontal, un os frontal bombé, des bosses frontales et pariétales, un os temporal haut et court, un os occipital haut et peu anguleux, une angulation de la base du crâne marquée, un menton osseux sur la mandibule. Évidemment, on observe de légères variations de ces caractères d’une population à l’autre chez les hommes modernes fossiles et actuels ; et certains de ces caractères peuvent parfois même se retrouver, plus ou moins marqués, sur des homininés fossiles plus anciens.

La diversité d'Homo sapiens

Homo sapiens a 200 000 ans, c’est tout jeune pour une espèce ! Encore plus surprenant, si nous sommes tous différents morphologiquement, d’un point de vue scientifique nous sommes bien les mêmes. Pourtant, beaucoup, dont même des chercheurs sérieux ou d’autres aveuglés par des idéologies et des pensées dogmatiques, ont tenté de caractériser, classifier l’Homme et d’identifier des particularités qui seraient propres à certains. Tous les fossiles attribués à Homo sapiens ont en commun les caractères dérivés propres à notre espèce, qu’ils viennent de Herto Bouri, Cro-Magnon ou qu’ils soient les petits Hommes de Palau, ou ceux du peuple du cerfrouge, qui ont été annoncés récemment comme des cas particuliers, preuves d’humanités différentes. Ce ne sont que des tentatives de scoops, sans démonstration scientifique rigoureuse. Plus proche de nous, la phrénologie a échoué à démontrer un lien entre le faciès et le comportement. N’en reste plus dans le langage courant que l’amusante « bosse des maths » (et non, elle n’existe pas). Cette théorie, comme d’autres, auront été de tristes dérives de l’anthropologie.

Nous savons aujourd’hui que la diversité humaine actuelle ne peut se classer selon la taille des différentes zones du crâne, la couleur de la peau ou les gènes. La bonne nouvelle (résultat de très nombreuses expériences réussies) est que nous sommes interféconds et donc que tous les hommes sur terre sont de la même espèce. De par notre histoire commune, deux personnes nées à des milliers de kilomètres l’une de l’autre peuvent être génétiquement plus proches que des voisins dont les arbres généalogiques s’enracinent dans le même sol depuis de nombreuses générations. Nous avons des nationalités, des langues, parfois des religions différentes, mais notre hérédité commune fait que le terme de race ne peut s’appliquer à Homo sapiens.

 

Pour en savoir plus, lisez le dossiers d'archéologie, numéro 351 de mai/juin 2012Homo sapiens, à la recherche de nos origines.